HOMMAGE A GILBERT BECAUD

 

Gilbert Bécaud est mort à l'âge de 74 ans. Il était l'un des interprètes français qui ont connu le plus de succès dans la seconde moitié du 20e siècle.

Compositeur et interprète de quelque quatre cents chansons, dont une vingtaine sont devenues des classiques, il avait été surnommé dès le début de sa carrière "Monsieur 100.000 volts" en raison de son sens du swing. Son histoire est étroitement liée à l'Olympia, à Paris, où il s'est produit plus de trente fois, inaugurant même la nouvelle salle rénovée à l'identique, en 1997.

Né le 29 octobre 1927 à Toulon dans une famille de petits commerçants, Bécaud, de son vrai nom François Gilbert Silly, a débuté juste après la seconde Guerre mondiale en exerçant ses talents de pianiste dans des night-clubs de la capitale. Repéré par Jacques Pills, il devient son accompagnateur avant d'être encouragé par l'épouse du chanteur, une certaine Edith Piaf, à se produire lui-même sur scène.

Interprétant notamment des textes du préfet-poète Louis Amade et de Pierre Delanoë, il va immédiatement connaître un succès foudroyant. Son premier passage comme vedette à l'Olympia, en avril 1954, restera marqué comme le premier spectacle en France où des sièges sont brisés par des spectateurs en délire. Aussitôt surnommé "Monsieur 100.000 volts", Bécaud ira alors de succès en succès, en France comme à l'étranger. En 1966, il est resté à l'affiche trois semaines d'affilée à Broadway.

Vêtu d'un costume bleu nuit et arborant une éternelle cravate à pois sur sa chemise blanche, il donnera au faîte de sa gloire jusqu'à 250 représentations par an. L'essentiel de son répertoire est composé de chansons sentimentales, dont certaines restées sur toutes les lèvres: "Et maintenant", "Nathalie", "L'important c'est la rose", "Je reviens te chercher", "Quand il est mort le poète", "La solitude ça n'existe pas", "Le jour où la pluie viendra", etc.

"Et maintenant" a connu un succès gigantesque outre-Atlantique dans sa version anglaise ("What now my love"), qui a été interprétée par quelque 150 artistes, dont Frank Sinatra et Barbra Streisand.

Atteint d'un cancer, Bécaud avait enregistré en 1999 un dernier disque plus grave, intitulé "Faut faire avec". Il venait de terminer un nouvel album, "Mon Cap". Marié deux fois, père de six enfants dont une petite Laotienne adoptée en 1992, il partageait sa vie entre une propriété dans le Poitou, une maison en Corse et une péniche amarrée en région parisienne.

Bien avant Johnny Hallyday, les "Stones" ou les Sex Pistols, Gilbert Bécaud fut le premier chanteur pour lequel des fans cassèrent des fauteuils, en particulier à l'Olympia, la salle fétiche dont il fut un des hôtes les plus fidèles.

Au cours d'une carrière longue d'un demi siècle, "M. 100.000 volts" - un surnom qui illustrait bien un tempérament volcanique - sera passé une trentaine de fois dans le music-hall parisien. Il s'y était tant de fois produit que ni lui, ni la direction de la salle n'étaient capables de garder le compte exact de ses prestations. Une chose est sûre: c'est bien pour lui, alors chanteur débutant, que furent brisés les fameux fauteuils rouges, lors d'une matinée exceptionnelle en avril 1954.

Car Bécaud fut l'un des premiers chanteurs "physiques", à une époque où les artistes de music-hall faisaient encore montre d'une réserve prudente sur scène, engoncés dans les règles et usages du "vieux" métier. Bête de scène avant l'heure, volontiers enclin au cabotinage, il n'avait pas son pareil pour faire monter la température sur les planches.

Il ne lui fallait guère plus d'une ou deux chansons avant de donner un peu de mou à ces fameuses cravates à pois, qui, avec le costume, constituèrent son inamovible tenue de scène. Bécaud tenait rarement en place. Il avait du mal à rester rivé derrière son piano à queue. Il traversait la scène à grandes enjambées, se glissant furtivement dans les coulisses, le temps d'aspirer une bouffée de ces cigarettes qu'en homme respectueux des conventions, il n'aurait pas fumées au grand jour.

C'est parce qu'il aimait avoir un rapport direct avec le public qu'il y a quelques années Bécaud avait même eu l'idée ingénieuse de carrément casser la partie avant de son instrument, lui donnant une drôle d'allure d'oiseau brisé, mais lui offrant une meilleure visibilité. Le bouillonnement de Bécaud était aussi très sensible dans cette façon qu'il avait de sans cesse porter la main à l'oreille, dans la quête du son parfait. Il tutoyait volontiers le public, le prenait à partie, n'hésitait pas à le tancer lorsqu'il ne le trouvait pas assez chaud et réceptif.

Compositeur prolifique, Bécaud n'aimait rien tant que la scène et ce "suractif", comme l'a qualifié mardi son ami et parolier-fétiche Pierre Delanoë, était bien plus souvent sur les routes de France ou à l'étranger, toujours entre deux concerts, que dans sa ferme du Poitou où il aimait se reposer.

En effet, à l'inverse d'autres de ses pairs, Bécaud n'était pas du genre à régulièrement annoncer ses "adieux". Bien au contraire, il alignait tournées (à l'étranger entre autres où il était, avec Trenet et Montand, un des chanteurs français les plus prisés) et rentrées parisiennes à intervalles réguliers. Il ne quittera jamais la scène, même lorsque la notoriété sera moindre, dans les années 90 notamment où il ne remplissait plus forcément les salles avec la facilité des années 60-70.